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''Les montagnes les plus difficiles à gravir ne sont pas celles faites de roches''

Les choses auxquelles je réfléchissais le plus, c’était ce que je voulais accomplir lorsque j’allais quitter mon lit, retrouver mes forces et recommencer à vivre «pour de vrai»

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À 25 ans, j'avais déjà subi 5 opérations au cœur. À ma dernière, j'ai passé plus de 16 heures sur la table d'opération. Ayant subi une opération qui n’avait pas fonctionné la semaine d’avant, mon chirurgien décida de me réopérer la semaine suivante. Ma tête endormie, Dr. Perron tenta de sauver mon cœur qui se déchirait à chaque point de suture, et ce, pendant plus d’une quinzaine d’heures. Bien qu’il ait réussi, mes reins, mon foie et tous les autres organes de mon corps ont cessé de fonctionner, à l’exception de mon cœur et de mon cerveau.Je me suis réveillé une semaine plus tard dans une petite salle des soins intensifs de l’Hôpital Laval. Ça faisait plus d’une semaine que je n’avais pas ouvert les yeux, qui étaient maintenant jaunis par mon foie dysfonctionnel et les puissants médicaments qui traversaient mes veines.


Au début, étant très confus, je ne savais pas où je me trouvais. Je ne me souvenais de rien, si ce n’était d’une chirurgie cardiaque. Vu mon cerveau endormi depuis plus d'une semaine, je cherchais beaucoup de mes mots lorsque j'essayais de parler. Les infirmières et les médecins sur l’étage m'appelaient «le miraculé», sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Il m'a fallu quelques jours et même quelques semaines pour réaliser que j’étais passé très prêt de la mort.


Être coincé dans un lit d'hôpital à l'âge de 25 ans, c'est une chose que je ne souhaite à personne. Les muscles s’atrophient, la masse musculaire fond à vue d’œil et chaque mouvement devient ardu. Ajoutez à cela un cœur très fragile, des heures de dialyse à chaque jour sous l’effet de nombreux médicaments et vous avez la recette parfaite pour rester cloué au lit. Malgré tout, j’ai recommencé à marcher quelques jours après m’être ouvert les yeux. Un pas et demi la première fois, puis cinq la deuxième et ainsi de suite. Être à l’hôpital, emprisonné dans son corps, c’est une expérience excessivement déprimante, mais ça donne une tonne d’heures pour réfléchir.


Alors que j’attendais que mes reins recommencent à fonctionner pour retrouver mon propre lit à la maison, mon cerveau lui, n’arrêtait pas de réfléchir. Les choses auxquelles je réfléchissais le plus, c’était ce que je voulais accomplir lorsque j’allais quitter mon lit, retrouver mes forces et recommencer à vivre «pour de vrai». Je n’avais plus aucun intérêt pour les choses matérielles. Ce que je voulais faire, c’était bouger, utiliser mon corps et partir voir le monde. Je voulais vivre de passions et surtout, les partager. Avec l’aide incroyable de ma famille, des travailleurs du centre hospitalier et de mes amis, quelques mois plus tard, j’ai recommencé à bouger et à travailler.


Comme mon grand-père disait : « on ne peut pas toujours être dans le creux de la vague ». Et bien suivant cet adage, quelques mois plus tard, je rencontrais la femme qui allait devenir mon épouse. Elle m’a transmise sa passion pour les voyages, chose qui allait devenir une vraie drogue. Ensemble, nous sommes partis faire notre premier voyage en Islande quelques temps après mon opération. Deux étés plus tard, je créais, avec l’aide de 3 amis, une série de compétition de vélo de montagne (Wildside Enduro) qui allait me faire voyager un peu partout au Canada et me faire rencontrer des centaines de personnes passionnées. Puis, l’automne suivant, je mettais sur pied, avec mon frère et un ami, le Salon du Backcountry de Québec (SBCQ), car nous voulions partager notre intense passion pour le ski hors-piste et les sports de plein-air au grand public. Depuis 2013, année de mon opération, je ne calcule plus le nombre de montagnes que j’ai gravies, le nombre de kilomètres que j’ai parcourus, le nombre de personnes que j’ai rencontrées et cela, grâce à mes passions.


Ma femme et moi en Islande.


À l’heure actuelle, mon cœur n’est pas encore hors de danger. J’ai un suivi serré à l’hôpital à chaque année pour deux problèmes qui pourraient bien me ramener sur la table d’opération.


Si cette aventure a laissé bien des traces sur mon corps et dans ma tête, je peux tout de même dire qu’elle m’a permis de voir clair pour certaines choses. Entre autres, je n’attendrai plus de me retrouver à nouveau dans un lit d’hôpital pour souhaiter être capable de gravir une montagne; je veux le faire dès maintenant. Je peux vous dire que pour moi, il n’y a pas de meilleure place que sur le sommet d’une montagne pour me sentir en vie.




N’attendez donc pas le moment parfait pour accomplir les choses auxquelles vous avez toujours rêvé. Faites-le maintenant. Si la vie m’a donné une deuxième chance, croyez-moi lorsque je vous dis qu’il n’y a rien de pire qu’être dans un lit d’hôpital à regretter des choses qui étaient pourtant si simples avant.



En route vers 4000 mètres.


Ma valve aortique défectueuse lors de ma dernière opération.


Pierre-Luc | SBCQ

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